Petit patrimoine

Le petit patrimoine religieux

Les chapelles

Elles tirent leur origine d’une coutume franque. Le terme chapelle vient du latin cappa, désignant le manteau ou cape de saint Martin, puis le dais sous lequel fut transportée la relique durant les batailles et enfin le bâtiment abritant ce trésor dans le palais royal. Au sens large, la chapelle désigne un édifice construit par une personne ou un groupe sur ses fonds propres et pour un usage privé.

Il s’agit donc d’une construction consacrée au culte chrétien. Elle contient obligatoirement un autel, ce qui la différencie des oratoires. Elle peut être isolée ou attenante à un bâtiment. C’est le cas par exemple de la chapelle du château de Tallard.

Avec l’expansion du christianisme, les chapelles fleurissent un peu partout sur le territoire. Elles sont élevées sur l’emplacement d’un ancien culte païen, en l’honneur d’un martyr ou d’un évêque, pour commémorer un événement spécifique, pour se protéger des épidémies ou bien par commodité, lorsque l’église est trop éloignée du hameau.

Les guerres de religion et la Révolution française ont constitué des vagues de destruction. Peu de chapelles nous sont parvenues en l’état, nombreuses sont celles qui furent reconstruites sur les bases des anciennes. Le XIXème siècle est une période d’accalmie et de restauration religieuse. Bon nombre de chapelles et d’églises sont restaurées voire reconstruites durant cette période.

Malgré leur nombre considérable, l’architecture des chapelles rurales du Pays Gapençais est bien souvent la même.

L’édifice est de plan allongé, c’est-à-dire sans transept ; dispose d’une nef généralement unique, voûtée soit en berceau plein-cintre, soit en arêtes et plus rarement en ogive, divisée en deux ou trois travées ; elle se termine par un chœur semi circulaire voûté en cul-de-four.
La façade se compose d’une porte en plein-cintre ou rectangulaire, encadrée de deux fenêtres et surmontée d’un œil de bœuf. Elle est sommée d’un clocheton-arcade à une ou deux baies.
Le toit est principalement à deux versants, il peut être en ardoise, en tuiles en écaille ou en tuiles canal, en tôles ou en fibrociment.

Croix et calvaire

L’origine et l’histoire des croix n’est pas un long fleuve tranquille. Phases d’implantation (an mil, XIXème siècle) et phases de destruction (guerres de religion, Révolution) se succèdent au gré des événements de notre histoire.

La croix comme symbole du christianisme

Aux balbutiements de l’ère chrétienne, la croix ne peut représenter le Christ, puisqu’il s’agit d’un instrument de torture réservé aux voleurs. On préfère identifier le Christ par d’autres figures : l’agneau, la colombe, le phénix, le poisson...
C’est finalement l’empereur Constantin, qui en fera l’emblème de la religion chrétienne. En 312, il aurait eu une révélation : une croix de lumière lui serait apparue dans le ciel avec au-dessus l’inscription : « Triomphe par ceci ». Ensuite, le Christ lui aurait demandé, en songe, de placer ce symbole de la croix sur les boucliers de ses soldats pour les protéger. En 313, Constantin rédige l’édit de Milan qui fait du christianisme la religion officielle de l’empire. A partir de ce moment, la croix n’est plus objet de supplice, mais devient objet de vénération.

L’an mil, apogée de la croix

Cette période est favorable au christianisme, les « invasions barbares » sont terminées, l’économie renait, les défrichements s’accélèrent, « la terre se couvre d’un blanc manteau d’églises », selon l’expression du chroniqueur Raoul Glaber.

La croix permet aux hommes de suivre le Christ pour atteindre le salut éternel. Par conséquent, elle est partout : les pèlerins et les croisés la choisissent comme emblème, les ecclésiastiques l’utilisent pour borner leurs fiefs (plusieurs pierres de bornage templières ont été retrouvées à La Roche-des-Arnauds), elle permet de se protéger des malheurs ou de s’orienter lorsqu’elle est placée sur des carrefours de voies de circulation.

Du XIIIème au XVIème siècle : la représentation du Christ

Un autre élément apparaît à cette période, ou plutôt s’intensifie, la représentation du Christ crucifié. Jusque là, l’image du Christ crucifié était trop dure et trop violente pour les fidèles. Comme sur les portails des églises romanes, l’image, par le biais de la sculpture notamment, devient un moyen d’instruction et d’éducation des fidèles.
C’est aussi une réponse aux temps de crise que connaît la population : guerre de cent ans, épidémie, mauvaises récoltes, famines. Comme le dit Christophe Lefébure, « La croix et Jésus crucifié ont valeur rédemptrice ».

Les guerres de religion et le développement des missions

La croix et le calvaire deviennent à cette période le symbole de la présence catholique. A l’inverse, les Protestants refusent ces images et s’échinent à les détruire.
La Contre-Réforme relance la ferveur catholique et développe les missions. Il s’agit de processions religieuses se terminant par l’implantation du « saint emblème » : la croix.
Une fois les guerres de religion terminées, le pouvoir royal rédige des ordonnances pour la reconstruction des croix et calvaires détruits lors du conflit. Les évêques, pendant les visites pastorales, incitent les curés à édifier des croix, restaurer leurs églises et chapelles.
A la fin du XVIIIème siècle, le réseau des croix et calvaires est aussi dense que celui des églises et chapelles.

Une nouvelle vague destructrice : la Révolution

Pour les révolutionnaires, la religion n’est autre que fanatisme et obscurantisme. Des mesures sont prises en conséquence. Les biens du clergé sont vendus comme biens nationaux, les croix et calvaires sont abattus, les édifices religieux démantelés.

Le XIXème siècle et le retour des missions

Ces missions ont pour objectif de faire oublier les destructions de la période révolutionnaire. Les cérémonies sont fastueuses, la population se rend nombreuse aux processions. La majorité des croix du Pays Gapençais date de cette période.
Napoléon III mène une politique favorable au clergé pour pourvoir bénéficier du soutien des légitimistes. De fait, le budget des cultes n’a de cesse d’augmenter, les communes se voient attribuer une enveloppe destinée à la construction d’édifices religieux. Il faut ajouter à ce nouvel élan mystique, le retour des épidémies, de choléra surtout, qui entraine la construction de chapelles et de croix pour se protéger de la maladie ou pour remercier d’avoir été épargné.

La IIIème république marque un frein à cette fastueuse période. Les Républicains prônent les valeurs de la Révolution : liberté, égalité, fraternité, laïcité. L’apogée est atteint avec la loi de séparation de l’église et de l’Etat en 1905.

Le patrimoine lié à l’eau

Les fontaines

L’invention des fontaines n’est pas nouvelle. Déjà les Grecs disposaient de ces petits édifices composés d’une colonne en marbre blanc d’où l’eau jaillissait par un « dégueuloir » en bronze à forme de tête de lion. Néanmoins, c’est au 19ème  siècle que leur nombre s’intensifia. Elles devaient à la fois embellir l’espace et approvisionner en eau la population.
Aujourd’hui, les fontaines n’ont plus le même usage, mais elles conservent cet esthétisme qui plait tant.

Avant les premières distributions d’eau dans les années 1930, les principaux points d’eau potable des villes et villages sont les fontaines et les puits.
 
eur fonction est double : ils doivent permettre d’alimenter en eau le village, mais aussi l’embellir. Bien souvent placées au centre des places publiques, c’est un lieu de rencontre, de sociabilité, mais aussi de conflits. La corvée d’eau est à la charge des femmes et des enfants. Ils s’y rendent au moins deux fois par jour. La fontaine sert aussi à laver le linge, lorsque la commune n’est pas équipée d’un lavoir.

Au 19ème siècle, l’administration napoléonienne créée le corps des Ponts-et-Chaussées et avec lui est repensé l’aménagement du territoire, la science fait des progrès et l’hygiène et la salubrité publique deviennent des enjeux majeurs. L’entretien des fontaines est très onéreux pour les communes. Les canalisations doivent régulièrement être changées lorsque celles-ci étaient en bois ou en poterie. Par la suite, l’utilisation de la fonte améliora les choses.

Au cours du 20ème siècle, les anciennes fontaines sont pour beaucoup remplacées dans les campagnes, par des édifices en béton de fabrication industrielle. En revanche, en ville, on conserve les plus beaux spécimens et on les valorise.

Les fontaines ont aujourd’hui perdu leur usage domestique, mais elles restent des points de rafraichissement appréciables en période estivale et il n’est pas rare de voir fleurir de nouvelles fontaines à but décoratif. Si l’eau ne s’écoule plus dans les bassins, elle est remplacée par des massifs végétalisés.

André Châtelain, dans son ouvrage Patrimoine rural : reflet du terroir, distingue trois types de fontaine : les fontaines adossées, les fontaines associées et les fontaines isolées.

Les fontaines adossées sont des ouvrages s’appuyant à un talus ou à un bâtiment. Elles sont généralement de taille modeste, en pierre ou en béton de ciment. Ce sont par exemple les fontaines des fours à pain. Ces derniers nécessitent de l’eau pour nettoyer la sole et la fontaine est majoritairement accolée au four.

Les fontaines associées, comme leur nom l’indique, associent une fontaine, un lavoir et parfois un abreuvoir. Chaque compartiment sert à un usage particulier. L’eau s’écoule de bassin en bassin par  un système de surverse. Elles sont principalement en béton de ciment et leur construction datent du  1er quart du 20ème siècle.

Les fontaines isolées sont les édifices que l’on retrouve sur les places des villes et villages. Elles sont généralement de plan centré, le bassin peut être circulaire, polygonal ou en demi-lune. Elles sont monumentales et bien souvent ornées. L’arbre consiste en un obélisque ou un piédestal accueillant une statue. L’eau y jaillit par plusieurs canons en fonte ou en bronze.

Les lavoirs

Les premières constructions d’espaces collectifs pour laver le linge datent du 18ème siècle, mais c’est véritablement au 19ème qu’ils se développent.
Leur création fait suite à deux éléments majeurs : la prise de conscience de l’hygiène et de la salubrité publique d’une part, et l’acquisition d’une plus grande autonomie budgétaire des communes.

Le 19ème siècle connaît un renouveau des épidémies : choléra, variole, typhoïde, mais cette fois-ci, contrairement aux époques antérieures, on ne les considère pas comme des punitions divines. Les Lumières et la Révolution ont amené la raison avec le développement de la science. 
On comprend très vite que la propreté permet d’éviter les maladies. L’objectif est d’assainir les villes et villages. Ainsi, Gap se débarrasse de ses remparts dès le début du 19ème siècle. Par ailleurs, on élargi et on perce de nouvelles rues, on déplace les cimetières en périphérie. La question principale réside dans la propreté de l’eau, puisqu’elle est propagatrice de bactéries et autres microbes vecteurs de maladies. Jusque là, un point d’eau sert à différents usages : la fontaine, la mare ou la rivière servent à la fois à laver le linge et de point d’eau potable pour les hommes comme pour les animaux ! Il est donc impératif de définir des lieux uniques pour un usage spécifique. C’est ainsi que fleurissent lavoirs, fontaines et abreuvoirs. Outre la propreté de l’eau, il s’agit aussi de lutter contre la saleté du corps. Porter une tenue propre est synonyme d’honnêteté. Une bonne maîtresse de maison est une femme qui dispose de linge propre et bien raccommodé. 

La construction d’un ou plusieurs lavoirs dans une commune est une source de progrès, mais elle représente un coût pour la municipalité. La question de son emplacement est très importante et  fais souvent débat au sein des Conseils municipaux. Il faut que l’eau soit claire et limpide et surtout  qu’elle possède un débit suffisant. La réglementation prévoit une quantité par habitant de cinq litres par minutes. De plus, il est impératif que le lavoir soit près du village, pour éviter aux lavandières toute fatigue inutile.
L’érection d’un lavoir relève de l’initiative communale, tout en restant soumise à l’autorité et au contrôle préfectoral. Bien souvent les municipalités font appellent à un architecte pour dresser les plans et devis. Il s’agit avant tout de disposer d’un bâtiment solide et de qualité, mais sa dépense assez importante empêche tout ornement décoratif superflu. Ce sont généralement des constructions sobres où seul l’aspect pratique est mis en valeur.

Les premières mécanisations en matière de lave-linge font leur apparition dans les années 1920. La lessiveuse mécanique permet de libérer la femme du pénible travail de coulage et les produits détergents se substituent à la cendre. Néanmoins, ce matériel est accessible à une minorité disposant de ressources suffisantes. Il faut donc attendre les années 1960 pour que se démocratise la machine à laver automatisée et les poudres à laver. Les lavoirs sont condamnés à l’inactivité, les mouvements féministes portent avec enthousiasme ce progrès qui libère un peu plus la femme et la publicité en fait la promotion et vante ses mérites.

Rendus désormais obsolètes, certains lavoir disparaissent, tandis que d’autres font l’objet d’un programme de restauration. Il convient de ne pas oublier et de préserver ce petit patrimoine qui fut objet de progrès, lieu de sociabilité et lieu de vie. Avec lui se meurt l’histoire des lavandières et de leurs commérages, l’histoire d’un village et de sa vie rythmée par les saisons.

Le petit patrimoine artisanal et industriel

Les fours à pain

Le four à pain est probablement le témoin privilégié, avec l’église ou la chapelle, de l’histoire du hameau ou du village. Placé à un endroit stratégique, en général au centre du village, c’est bien souvent l’un des plus anciens bâtiments de la commune. Ses pierres usées par le temps et ses bois noircis par le feu nous racontent si l’on sait les écouter la vie d’une communauté villageoise, ses usages et ses savoir-faire aujourd’hui en passe d’être oubliés.

Une architecture spécifique

Le bâtiment formant le four est en général de plan carré et arrondi au niveau du four. Ses murs sont constitués de moellons de pays brut ou grossièrement équarris scellés au mortier de chaux. Le toit à deux versants était à l’origine couvert de chaume ou d’ardoise. Aujourd’hui, l’on trouve des tuiles en écaille, des ardoises ou des tôles.

La porte d’entrée est percée dans le pignon sud, sud-est, jamais au nord ou à l’ouest, de façon à obtenir le meilleur tirant possible. Dans le Champsaur, la porte est surmontée d’une large cheminée qui permet d’évacuer la fumée et les gaz provenant de la combustion. Ailleurs, il s’agit simplement d’une ouverture carrée plus ou moins grande. La façade est également percée par deux petits orifices, que l’on appelle soupiraux, qui améliorent le tirant du four.

L’intérieur de l’édifice se compose dans la majorité des cas de deux espaces distincts : le fournil et le foyer.
Le fournil ou chapelle est la pièce qui précède le four. Elle peut être voûtée de pierre en berceau ou non. C’est là que se réunissent les habitants, où le bois et les outils sont stockés. Sur les parois latérales, des étagères permettent d’entreposer les paillasses remplies de pâte. Ce premier espace sert à isoler le four du froid et empêche les braises volatiles pendant la chauffe, d’accéder aux combles et d’y mettre le feu.

Le foyer ou le four proprement dit est circulaire et voûté en coupole de pierres de molasse ou de briques réfractaires. Le plancher du four ou sole, dallé, est l’espace sur lequel les pains cuisent. Plus l’espace entre la sole et la voûte est important, plus il faudra de bois pour chauffer le four. On remarque d’ailleurs, que les voûtes en briques, plus récentes sont plus basses que les voûtes en pierre.
L’extérieur de la voûte est recouvert de sable ou de terre glaise pour maintenir une bonne isolation.

Enfin, le lien entre le fournil et le four se fait par le truchement de la bouche d’enfournement, appelée « gueule du four ». L’encadrement de cette dernière forme un plein cintre présentant deux monolithes taillés sur lequel vient s’appuyer une plaque de métal. Elle peut également être de forme rectangulaire. Sous la bouche, un entablement percé d’un trou permet d’évacuer les cendres.

Du four banal au four communal

« Banal » est un terme employé encore aujourd’hui dans le langage courant pour désigner le four du village. Or depuis la Révolution de 1789 et l’abolition des privilèges, les banalités n’existent plus.
Les banalités étaient des droits détenus par les seigneurs qui obligeaient leurs sujets à utiliser leurs fours, pressoirs, battoirs, scieries, etc., moyennant finance en nature ou en argent. Le droit de ban appartenait à l’origine au pouvoir royal, mais avec l’éclatement de l’empire carolingien en 843, puis l’émiettement territorial des 10ème-11ème siècles, ce droit fut accaparé ou acquis par les seigneurs locaux. 

A partir du 15ème siècle, les droits féodaux changent, le pouvoir royal se renforce et met au pas les seigneuries locales. En outre, le monde paysan connaît au 14ème  et 15ème siècle de graves crises (guerre de Cent ans (1337-1453), épidémies (Peste noire en 1348), succession de mauvaises récoltes) qui le plonge dans la misère. Le monopole exercé par les seigneurs sur les fours est remis en cause (le pain étant l’alimentation de base des paysans). Le seigneur cesse d’être l’exploitant direct du four : l’édifice pouvait désormais être affermé à une communauté villageoise ou bien les droits rachetés par un tiers. Les communautés pouvaient dès lors à leur tour arrenter le four à une ou plusieurs personnes qui en assuraient le fonctionnement : le fournier. Il s’agit pour ainsi dire de l’ancêtre du boulanger. Chaque famille préparait son pain chez elle et le fournier le faisait cuire. En échange, il percevait une partie de la fournée. Seules les grosses fermes disposaient d’un four privé.

Aux 17ème et 18ème siècles, les communautés se libèrent progressivement du droit de four perçu par le seigneur. Le 5 mai 1789, l’abolition des privilèges met un terme aux banalités et les fours deviennent communaux. 

L’organisation en communauté villageoise trouve encore des survivances de nos jours. Ainsi, le four du hameau des Marrons à Saint-Michel-de-Chaillol est communal, mais sa gestion et son entretien sont réalisés par la communauté villageoise du hameau.

Fonctionnement et usages du four : un patrimoine en péril ?

Un système basé sur l’entraide et la solidarité villageoise

Nous savons que chaque hameau ou presque disposait de son propre four. Jusque dans les années 1960, les fours fonctionnaient presque tous les jours et ne refroidissaient pas. Chaque fournée fournissait du pain à une famille pour une dizaine voire une quinzaine de jours. La famille suivante venait chercher la clé du four et le levain chez la dernière à avoir réalisé une fournée et ainsi de suite. 
Lors de fêtes, mariages, baptêmes les familles pouvaient se regrouper et faire cuire pains, tartes et autres gâteaux ensemble.

Des usages thérapeutiques

Les résidus de braises, étouffés dans la cendre, permettaient d’obtenir du charbon. Il servait à alimenter les cuisinières ou à allumer un feu, mais plus surprenant encore, il pouvait être consommé pour lutter contre les maux d’estomac.
Les cendres, quant à elles, servaient à la lessive, ou bien de cataplasme lorsqu’elles étaient chaudes. Par ailleurs, elles servaient d’engrais dans les jardins ou même d’antidérapant lorsqu’elles étaient disséminées sur la glace.
Enfin, la chaleur emmagasinée dans le four servait à lutter contre les rhumatismes. Il s’agissait pour le malade d’entrer dans le foyer encore tiède et de transpirer comme dans un sauna.

Les moulins à eau 

Apparu sous l’antiquité, le moulin connaît un véritable essor au Moyen-âge, à tel point que l’historien Marc Bloch dira « invention antique, le moulin à eau est médiéval par l’époque de sa véritable expansion. C’est une source de revenus importante pour les seigneurs, qu’ils soient laïcs ou ecclésiastiques. Avec l’essor de la féodalité, à partir du 10e siècle, seuls les propriétaires d’un fief avaient le droit d’utiliser le cours d’eau présent sur leur territoire, d’y pêcher et de construire des moulins. Les habitants du fief devaient moudre leur blé dans le moulin du seigneur qui en échange percevait une part de la mouture. On parle de moulin banal. Ce droit de banalité se décline de deux manières : soit la banalité est dite légale, c’est-à-dire que le seigneur oblige les habitants à utiliser son moulin sans les concerter ; soit la banalité est dite conventionnelle, c'est-à-dire qu’un contrat est passé entre le seigneur et une communauté d’habitant. Ce deuxième mode était le plus utiliser sur notre territoire.

La Révolution française de 1789 abolissant les privilèges, nombreux sont les particuliers à édifier de nouveaux moulins. Au 19ème siècle, le nombre de petits moulins explose. Chaque hameau disposait d’un ou de plusieurs moulins. Les progrès de l’industrie, l’exode rural, le désenclavement des vallées après la Première guerre mondiale puis surtout après la Seconde, auront raison des moulins.

A Villar-Loubière, dans la vallée du Valgaudemar, des passionnés restaurent et mettent en valeur le moulin de leur commune. Construit en 1838-1839 par Jean Rostain dit Pic sur un ancien pressoir à huile, il servit de moulin à farine. Tombé en désuétude après la Seconde guerre mondiale, ce n’est qu’en 1979 que la municipalité en devient acquéreur et décide de sa restauration. Aboutissement d’un travail acharné, le moulin de Villar-Loubière est inscrit au titre des monuments historiques le 21mars 1983.