Patrimoine monumental

Façade de la cathédrale saint Arnoux de Gap

Basilique Notre-Dame du Laus

Façade de l'église paroissiale de Chabestan

Le patrimoine religieux

1. La cathédrale

La cathédrale est une église où siège l’évêque ; on parle d’église cathédrale. D’ailleurs, son nom provient du grec kathédra, qui signifie siège. C’est donc à partir de la cathédrale que l’évêque gère son diocèse.

Elle est administrée par l’évêque et le chapitre cathédral. Ce dernier est une assemblée de chanoines.

Aujourd’hui, le diocèse de Gap et Embrun s’étend sur le département des Hautes-Alpes et dispose de deux cathédrales : celle de Gap, sous le vocable de Notre-Dame et Saint-Arnoux et celle d’Embrundédiée à Notre-Dame du Réal.
Jusqu’en 1801, la cathédrale d’Embrun fut le siège de l’évêché éponyme. Aujourd’hui, même s’il n’y a plus d’évêque à Embrun, elle garde son titre de cathédrale.

2. La basilique

Une basilique est une église privilégiée. Son titre lui est accordée par le pape, lorsque l’église est un haut lieu de pèlerinage en l’honneur du Christ, de la Vierge Marie ou encore des reliques d’un saint.

Il existe deux types de basilique : les basiliques majeures et les basiliques mineures. Les premières correspondent aux quatre églises de Rome : la basilique Saint-Jean-de-Latran, la basilique Saint-Pierre, la basilique Saint-Paul-hors-les-Murs et la basilique Sainte-Marie-Majeure ; les secondes sont des hauts lieux de pèlerinage.

Le Pays Gapençais et le département des Hautes-Alpes, disposent d’une seule basilique, celle de Notre-Dame-du-Laus.

C’est le 18 mars 1892, que le Pape Léon XIII accorde, par lettre pontificale, son titre de basilique mineure à l’église de Notre-Dame du Laus. La cérémonie officielle d’attribution se déroula sous la houlette de l’évêque de Gap, Monseigneur Berthet, le 8 septembre 1892, jour de la nativité de la Vierge.
Pour comprendre cet événement, il faut remonter au 17ème  siècle, lorsqu’une bergère du Laus, Benoite Rencurel, eu des apparitions de la Vierge Marie. Au cours de l’une de ses visions, elle aurait reçu de la part de la Vierge, l’ordre de faire bâtir une église, sur l’emplacement d’un ancien oratoire dédié à Notre-Dame de Bon-Rencontre. L’église fut édifiée de 1666 à 1669. Très vite la nouvelle des ces apparitions engendra des hordes de pèlerins venant des quatre coins de la région. Ce haut lieu de pèlerinage en l’honneur de la Vierge motiva le pape Léon XIII à accorder à l’église de Notre-Dame du Laus son titre de basilique mineure. Aujourd’hui, la basilique reçoit toujours des milliers de pèlerins chaque année.

Ce site exceptionnel empreint d’une atmosphère particulière mérite que l’on s’y arrête, même si l’on n’est pas catholique. Perché dans un écrin de verdure, vous pouvez circuler sur les nombreux sentiers et être surpris par les innombrables croix et oratoires qui racontent chacun leur histoire.

3. Les églises paroissiales

L’église paroissiale est un édifice religieux rassemblant la communauté chrétienne d’une paroisse.

Le Pays Gapençais compte sur son territoire 90 églises paroissiales. Seules deux sont classées au titre des monuments historiques. Il s’agit de l’église Saint-Victor de Chorges et l’église Saint-Grégoire de Tallard. L’entretien et la restauration de ces édifices est une charge considérable pour les municipalités, qui bien souvent, sans ressources suffisantes, voient leurs églises se dégrader petit à petit. Aujourd’hui, des organismes permettent d’aider les communes, que ce soit pour du conseil (CAUE, STAP, PNE) ou pour des aides financières à la restauration (Fondation du patrimoine). Il est impératif de les solliciter pour ne pas voir un jour disparaître ce patrimoine d’exception.

Le patrimoine castral

1. De l’émiettement territorial à la reconquête royale

L’essor de la féodalité (9ème – 10ème siècle) 

Avec le partage de Verdun en 843, l’empire de Charlemagne est divisé entre ses fils. L’instabilité politique qui en résulte provoque la décomposition du pouvoir carolingien. A cette situation déjà trouble viennent s’ajouter les incursions extérieures des Hongrois, des Normands et des SarrazinsLe pouvoir central, en l’occurrence les rois de Bourgogne pour le sud est, ne sont plus en mesure d’assurer la défense des habitants de leur royaume. Il en résulte un glissement des pouvoirs. Les grands du royaume s’accaparent les prérogatives royales et édifient de véritables principautés territoriales qui deviennent de plus en plus autonomes. Les populations se placent sous la protection des comtes de Provence, des comtes d’Albon, des seigneurs d’Orange ou encore des barons de Mévouillon. C’est ainsi qu’en 972, lorsque les Sarrazins capturent l’abbé de Cluny, Mayeul, le comte de Provence, Guillaume, lève une armée. Il reçoit le soutient de petit seigneurs locaux, comme les Mévouillon. Lorsque les Sarrazins sont définitivement écrasés à la fin du 10ème siècle, le comte de Provence s’impose au sommet de la pyramide féodale.

Les conquêtes du Dauphin (11ème -13ème siècle)

Les comtes de Provence ne sont pas les seuls à avoir profité de l’échec du pouvoir impérial. Plus au nord, une puissante famille commence à asseoir son pouvoir. A la fin du 11ème siècle, la famille Guigues, contrôle le Briançonnais. Grâce à un habile jeu d’alliance matrimoniale, en 1202, Guiges VI se marie avec Béatrix de Claustral, petite-fille du Comte de Forcalquier, Guillaume VI. Avec elle, ce sont toutes les terres de l’ancien comté de Forcalquier qui passent sous la suzeraineté du Dauphin : gapençais, champsaur, embrunais. Dans la réalité, le Dauphin ne sera propriétaire de ces terres qu’en 1232. Son successeur fera l’acquisition des baronnies de la famille Mévouillon en Buëch-Durance.
En 1349, le dauphin Humbert II est ruiné, principalement à cause des guerres qu’il mène contre le duc de Savoie. Philippe VI, roi de France, rachète le Dauphiné pour 200 000 florins et fait de ce territoire un apanage pour son fils ainé.

Une puissance ecclésiastique face aux Dauphins : les évêques de Gap

Face au Dauphin se dresse une autre force, ecclésiastique cette fois : les évêques de Gap. Au 12ème siècle (1178 et 1182), l’empereur Frédéric 1er confirme les biens temporels des évêques de Gap. Il s’agit des castra de Rambaud, de Rabou et de la ville de Gap
En 1238, Frédéric II confirme la propriété de plusieurs castra aux évêques de Gap : La Bâtie-Neuve, la Bâtie-Vieille, Tournefort, Montreviol, Châteauvieux-sur-Tallard, Manteyer et Lazer, ainsi que les fiefs situés en rive gauche du Drac : Poligny, Le Noyer, la Fare et le Glaizil, qui constituent le mandement de la Terre d’église.

2. Le château centre du pouvoir seigneurial

Le château sert à asseoir la nouvelle aristocratie issue de l’émiettement territorial commencé au cours du 9ème siècle. Il permet à la fois d’assurer l’autorité du seigneur sur son territoire et de fournir un lieu de refuge pour les populations.

L’une des fonctions principales du château, c’est la fonction militaire. C’est d’abord un lieu de refuge pour les populations en cas d’attaque d’une puissance étrangère. La question de la protection des populations fut la cause majeure de l’édification du château de Saint-Firmin. Ensuite, le château est le point de départ pour une campagne militaire. A l’inverse, il est susceptible d’être attaqué. C’est pourquoi sa défense est primordiale. Une garnison d’une dizaine d’homme et une architecture adaptée permet de protéger l’édifice.

La fonction résidentielle est aussi importante que la fonction militaire. Pour le propriétaire, qu’il soit simple châtelain, comte ou roi, le château revêt une forme symbolique. Il est la manifestation de la puissance, du rang social de son propriétaire. Tous les châteaux ne disposent pas de cette fonction. 
La tour de Montalquier à Gap ou la tour de La Bâtie-Vieille ne servaient pas de résidence à l’évêque de Gap. En revanche, le château de Tallard était la résidence de son seigneur.

Enfin, le château présente une fonction politique, économique et sociale. Politique, parce que c’est le siège du pouvoir de la seigneurie ; économique, parce qu’il abrite le four, le pressoir, le moulin (banalités), qu’il contrôle les voies de communication (château de Vitrolles) ; social, parce que la population s’agglomère autour du château pour former un bourg (château de Tallard, La Bâtie-Neuve, Montgardin...).

Le patrimoine civil

N’est abordé ici que le patrimoine civil construit au 19ème siècle jusqu’au tournant du 20ème  siècle.
C’est à cette période que les transformations des villes et des villages sont les plus importantes. Elles sortent de leur carcan médiéval (dépose des remparts), s’embellissent (fontaine, jardins publics, kiosque à musique, statue), s’agrandissent (percement de nouvelles rues), s’assainissent (égouts) et se dotent d’édifices publics monumentaux (hôtel de ville, préfecture, gare, école, banque, hôpital).
Dans les campagnes, les changements sont moins profonds, mais tous les villages sans exception se dotent au minimum d’une mairie et d’une école, symboles de l’Etat et de la République.

Les symboles du pouvoir de l’Etat

La préfecture

Sur le plan territorial, jusqu’en 1789, la France d’Ancien Régime était divisée en provinces où les circonscriptions administratives, militaires, ecclésiastiques, judiciaires, fiscales se juxtaposaient. Les Révolutionnaires, à travers l’assemblée constituante, décidèrent de remettre à plat cette organisation territoriale. Cette réforme aboutit à la création des départements par le décret du 22 décembre 1789. La taille de chaque département fut conçue de telle manière qu'il soit possible de se rendre au chef-lieu en moins d'une journée de cheval depuis n'importe quel point de leur territoire. Les services administratifs se concentrent désormais dans le chef-lieu du département.

Le 16 octobre 1790, un décret de l’Assemblée constituante préconise à l’administration départementale de s’installer dans les hôtels de ville ou les palais de justice et, en cas d’insuffisance, dans les biens nationaux, qui venaient d’être confisqués à l’Eglise. Cela explique que la préfecture des Hautes-Alpes fut d’abord implantée au Doyenné, puis au convent des Jacobins, pour enfin être transférée à l’évêché en 1806. Le manque de place pousse les autorités à décider de la construction d’un bâtiment spécial en 1824. On projette de construire le nouvel édifice sur l’emplacement de la commanderie de Saint-Jean-de-Jérusalem et de « l’hôtel du Gouvernement » (maison du major de Gap). Un premier projet est dressé par M. Carteron, géomètre en chef du cadastre des Hautes-Alpes. Revu par Alphonse de Gisors, inspecteur général des Bâtiments civils, il est enfin modifié par les architectes Andreoly et Chaix. Les travaux de construction s’étaleront de 1827 à 1840.

Mairie et école

Au Moyen-âge on pouvait déjà trouver des institutions communales et des hôtels de ville, comme ce fut le cas à Gap, mais il ne s’agissait là que de l’assemblée de quelques bourgeois de ville (les consuls) défendant leur liberté de commercer.
La mairie, au sens actuel du terme, apparaît après la Révolution française de 1789. Les révolutionnaires décident de transformer les paroisses (division territoriale ecclésiastique centrée autour d’une église paroissiale) en commune. Cette nouvelle entité est gouvernée par un conseil municipal avec à sa tête le maire.
Dans le premier quart du 19ème siècle, la mairie n’est pas encore un bâtiment spécial ; le conseil municipal se réuni dans la maison du maire voire dans l’église. En 1833, la loi Guizot impose que toutes les communes se dotent d’une école primaire de garçons et l’entretienne (il faut attendre 1850 et la loi Falloux, pour que la loi soit appliquée aussi pour les écoles primaires de filles). Certaines communes font donc construire des bâtiments publics regroupant à la fois la mairie et l’école. La Roche-des-Arnauds nous offre un belle exemple de mairie-école.
Sous la IIIe République, la mairie et l’école incarnent à elle deux les symboles de la république. En 
1884, la loi municipale oblige les communes à établir un bâtiment spécifique pour la mairie, différent de la maison du maire ou de l’instituteur. Tout comme les écoles, la majorité des communes françaises sont déjà dotées d’une mairie, mais on va assister à une vague de constructions nouvelles où les symboles républicains seront mis en avant (Marianne, drapeau tricolore, devise,...).

 Une multitude de bâtiments publics

Pour se divertir : musée, salle des fêtes, kiosque à musique

Le musée

Le musée permet de conserver, restaurer, étudier et valoriser des objets ayant attrait à l’homme et à son histoire.
Le département des Hautes-Alpes, ne disposait pas de musée avant que le préfet Ladoucette, décida de fonder un « Musée Central du Département des Hautes-Alpes ». La construction débuta le 28 juillet 1804. Cette structure abrita les objets retrouvés lors des fouilles archéologiques de La Bâtie-Montsaléon. Le départ du Baron de Ladoucette précipita le musée dans l’abandon le plus total.
Il fallu attendre 1910, pour pouvoir visiter le musée muséum départemental que nous connaissons aujourd’hui.

Le kiosque à musique

Le kiosque se développe sous le second empire, mais connaît un véritable essor à la fin du 19ème siècle et au début du 20ème siècle. Implanté au centre des places publiques ou dans les jardins et square des villes, il d’abord réservé à la musique militaire.
Il se compose d’un socle en maçonnerie de plan octogonal, recouvert d’un plancher, formant une scène pour les musiciens. Ouvert sur l’extérieur, la toiture métallique est supportée par des piliers en fonte. La forme du toit est étudiée pour obtenir une acoustique de qualité.
Le Pays Gapençais compte deux kiosques : l’un à Gap dans le jardin de la Pépinière, l’autre à Saint-Bonnet en Champsaur, au centre d’un square.

La salle des fêtes

Elément indispensable de la société urbaine et bourgeoise de la Belle-époque, la salle des fêtes était un lieu de plaisir et d’apparat.
En 1902, la Ville de Gap ne disposait d’aucune salle des fêtes. Pour pallier à ce manque et dans un esprit opportuniste, elle profita de la construction de la Caisse d’épargne pour y faire installer une salle des fêtes. La direction de la Caisse d’épargne cherchait un terrain pour établir un nouveau bâtiment. La municipalité gapençaise proposa à la Caisse d’épargne un emplacement en sa possession à la condition qu’il soit intégré au projet une vaste salle des fêtes au rez-de-chaussée, qui une fois les travaux achevés lui reviendrait. La salle des fêtes, de style Rococo est inaugurée le 4 février 1905.

L’avènement du chemin de fer

L’un des principaux moteurs de la croissance de la France dans la seconde moitié du 19ème siècle est bel et bien l’essor du chemin de fer. Pour autant, le département des Hautes-Alpes n’est pas le plus riche de France et sa population n’est pas très importante ; c’est ce qui explique qu’il ne sera pourvu d’un réseau ferré qu’assez tardivement.

Un premier projet transalpin est dressé en 1853. Il devait partir de Grenoble, longer la vallée du Drac ou de la Romanche, atteindre Briançon, puis l’Italie grâce à la création d’un tunnel sous le col de l’Echelle. Les relations avec l’Italie se dégradant, le projet ne verra jamais le jour.
Dès lors est envisagée la création d’une ligne desservant les principales villes du département, dont Gap. Celle-ci devait servir de carrefour et pourrait relier au nord Grenoble, à l’est Briançon et au sud, Sisteron et Manosque.
Les difficultés du profil de la vallée du Drac amènent les aménageurs à imaginer une ligne Grenoble-Marseille en passant par le Trièves et le Bochaîne via le col de Luz-la-Croix-Haute. Gap qui devait être une plateforme de croisement se retrouve dès lors écartée et réclame la construction d’une voie reliant Grenoble par le Champsaur.

Il faut attendre 1875, pour que le train arrive à Gap. Veynes est privilégiée à Aspres-sur-Buëch pour servir d’embranchement des différentes voies grâce à M. Ruelle, veynois et directeur des constructions au P.L.M. De Gap, le rail atteint Embrun en 1883, puis Briançon l’année suivante. En cette fin de 19ème siècle, le département des Hautes-Alpes sort progressivement de son enclave territoriale et noue des liens avec la vallée du Rhône et la côte méditerranéenne.

La ligne reliant aujourd’hui Valence à Briançon, traverse d’ouest en est et d’est en ouest le Pays Gapençais. Elle est jalonnée de gares (Veynes, La Roche-des-Arnauds, La Freissinouse, Gap, La Bâtie-Neuve, Chorges), de maisons garde-barrière et d’ouvrages d’art imposants comme le viaduc de la Selle au sud de Gap.

Au regard de cette ligne, on s’aperçoit qu’une bonne partie du département est loin d’être desservie par le chemin de fer. Au début du 20ème siècle, on décida de mettre à l’étude deux autres projets de voie ferrée : l’un reliant La Mure à Gap en passant par le Champsaur, l’autre reliant Chorges à Barcelonnette. Ces deux projets, décidés en 1903, sont finalement abandonnés dans les années 1930. Un certain nombre d’ouvrages d’art furent réalisés et sont encore visibles dans le paysage de nos jours, pour la plus grande joie des randonneurs (viaduc du Buzon pour la ligne du Champsaur et viaduc des Moulettes pour la ligne de l’Ubaye).